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2012 marque le 70e anniversaire de la mort de l’écrivain zurichoise Annemarie Schwarzenbach, et la publication de son premier roman, inédit en français.

Nombreux sont ceux qui, dès juin 1931, ont apprécié Freunde um Bernhard : le premier roman d’Annemarie Schwarzenbach reçut un bon accueil de la part de la presse alémanique, et figure toujours aujourd’hui au catalogue de l’éditeur bâlois Lenos. Mais pour le lecteur francophone, ce premier roman est resté mystérieux jusqu’à l’initiative des Éditions Phébus, qui publient avec quatre-vingts ans de « retard » Les amis de Bernhard traduit par ces deux grandes spécialistes de l’auteure que sont Dominique Laure Miermont et Nicole Le Bris.
Comme l’indique le titre, Bernhard, jeune pianiste allemand que son professeur incite à partir étudier à Paris, est plutôt le pivot que le protagoniste du roman, dont l’espace est abondamment occupé par ces fameux amis. Dilettantes plus ou moins doués, vivant de leurs rentes entre Paris et Berlin des Années folles, Gert, Léon, Ferdinand, Mica et les autres ont en partage le doute sur l’art autant que l’ambiguïté sexuelle, et une tendance certaine à palabrer sur leurs aspirations au lieu de les vivre : seules les figures féminines de Christina et d’Inès semblent savoir ce qu’elles veulent – et agir en conséquence. Touchants et agaçants dans leur instabilité intérieure, ces jeunes gens fragiles l’expriment par ce constant désir de départ et d’errance dont leur créatrice est, elle aussi, familière.
En 1931, Annemarie Schwarzenbach, fille révoltée d’une famille patricienne de Zurich, a 23 ans et achève ses études universitaires par une licence d’histoire, dont sa future carrière de journaliste fera le meilleur usage. Elle a déjà publié divers articles, voyagé, et surtout fréquenté le cercle animé par ses amis Klaus et Erika Mann, les « enfants terribles » de l’écrivain. Ce premier roman porte manifestement la marque de ces fréquentations, de leurs excès, de leurs provocations et de leurs désarrois. Mais inutile de chercher dans le texte des clés ou des allusions : la seule véritable transposition est celle de la préoccupation des enfants Mann, très opposés à la montée du nazisme, en un petit monde inquiet, sans prise sur la réalité et à la recherche d’un chef (Léon, insolent et qui réussit), allégorie d’un peuple allemand déboussolé qui s’en remettra à celui qui parlera le plus fort. Incapable d’assimiler la sagesse de Gérald, le médecin-démiurge esquissé aux articulations du récit : « >i>Mais gardez votre liberté, je veux dire le pouvoir qu’a l’âme de décider librement, et ne vous effrayez pas de votre inquiétude : la vie est multiple et inquiétante, et c’est ce qui fait sa beauté et sa richesse. »
Encore maladroit dans sa construction ou les élans de certains sentiments, Les amis de Bernhard se révèle cependant original par le rythme, saccadé comme celui d’un scénario de film, et surtout le style, ses tournures vives et élégantes, son aisance à intégrer des angles de vues inattendus – les premiers paragraphes ! – ou les scènes rafraîchissantes, comme celle des petits paysans s’emparant de la belle voiture d’Inès. Et l’intervention même de l’auteure, en particulier dans les dernières pages, étonnantes et magnifiques, de cette ode aux amis d’Annemarie. I