|
| ||
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : Le château de Trévarez.

Il y a deux choses que le XXe siècle, durant lequel il sembla que tout était possible – y compris de conquérir d’autres planètes – ne réussit pas à construire : les cathédrales et les châteaux. L’argent, les moyens techniques, tout était là, mais il manqua quelque chose qui permette de se lancer. L’ambition ? L’utilité ? L’enthousiasme plutôt, et peut-être aussi un petit grain de folie, car le siècle d’Hiroshima n’en eut que de gros…
L’enthousiasme, James Marie Antoine Monjaret de Kerjégu (1846-1908) n’en manque pas, et trouva sans doute peut à s’employer au cours de la belle carrière qu’il mena comme diplomate puis comme député. En 1893, pour se défouler, il commande à l’architecte Walter Destailleur un château pour Trévarez, son domaine du Finistère ! Les mauvaises langues insinuent qu’il compte ainsi épater les foules, et se donner une longueur d’avance sur ses rivaux dans la course à l’Élysée… Quoi qu’il en soit, Destailleur saisit admirablement le message de Kerjégu, un homme à la fois conservateur et ami d’un certain progrès social, et lui invente un château faussement Renaissance, en brique rouge et pierre de Kersanton, qui fait un effet époustouflant – il n’y manque que la Barbe-Bleue ! C’est d’ailleurs là que le romancier Jean Failler situa le cinquième épisode des enquêtes de Mary Lester, Le manoir écarlate, qui investigue sur des meurtres d’écrivains tenant salon du livre au château.
L’ensemble, légèrement artificiel, est cependant marqué par les intérêts de son propriétaire, qui a ordonné une chapelle privée et des écuries, mais surtout le chauffage central, les salles de bains, les ascenseurs pour sa demeure, y compris dans les logements des domestiques, et pour son domaine une ferme expérimentale : le président du Conseil général du Finistère vit avec son temps, cultive les valeurs humanistes, et entend le faire savoir. D’une certaine façon, ces aménagements « modernes » firent davantage jaser que l’architecture presque fantastique du château de dentelle rouge, hérissé de tourelles, de lucarnes et de cheminées. Mais les spécialistes ne s’y trompèrent pas, et le monument fut présenté à l’Exposition universelle de Chicago en 1904 ! Le manoir de monsieur de Kerjégu est alors presque terminé, mais son propriétaire n’en profita hélas pas longtemps, et les lieux mêmes ne gardèrent pas longtemps leur splendeur étrange et onirique : occupé par l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, Trévarez fut bombardé en 1944, et seule aujourd’hui une partie des bâtiments est ouverte à la visite, rassemblant en quelques pièces l’essence de ce château tiraillé entre une nostalgie historique et une envie de progrès.
Les jardins en revanche supportèrent mieux l’attaque, et sont pour beaucoup dans le classement du bâtiment. Immense, le domaine recèle un véritable trésor d’équipements (canalisations, bassins d’irrigation etc.) et de décoration paysagère. Labellisés « Jardin remarquable » ils abritent actuellement la collection nationale de rhododendron, ainsi qu’une collection prestigieuses de plantes de terre de bruyère, dont des hortensias et hydrangeas de toute beauté, qui profitent d’un microclimat généreusement tempéré. Les visiteurs qui se dispersent sur les 85 ha du domaine sont émerveillés de l’harmonie et de la richesse de ces cultures paysagères. Séduits par les jardins chinois ou à l’italienne, le potager, les bassins, le buffet d’eau, les parterres, ils n’ont même pas conscience de fouler les allées du fondateur, en 1907, d’une institution toujours bien verte elle aussi : le Crédit Agricole !
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : le Palais Idéal du facteur Cheval.

Joseph-Ferdinand Cheval naquit sous le signe du rêve : son village s’appelle Charmes-sur-L’Herbasse, un nom qui fleure bon la sieste et les songes gracieux dans les prés… Il y a pourtant une ironie amère dans son nom, car c’est bien à pied qu’en 1867 ce paysan sec et moustachu entame sa carrière de facteur des Postes – une tournée de trente-deux kilomètres à porter les bonnes et mauvaises nouvelles dont est remplie sa brouette dans les plus petits coins de la campagne drômoise. Mais il est, de fait, fonctionnaire de l’Empire, et si comme il l’écrit il n’a d’autre distraction dans sa longue et monotone balade que d’imaginer la construction de son logis idéal, ce ne pourra donc être qu’un palais…
Édifié à Hauterives, dans ce qu’on appelle joliment la Drôme des Collines, l’immense Palais Idéal du facteur Cheval est né d’une pierre tordue sur laquelle le postier trébucha. Reconnaissant de ne pas avoir abimé sa cheville, son instrument de travail, il est du coup enclin à voir la beauté du caillou, et l’emporte chez lui. Il en découvrira bien sûr d’autres, et tire de ses découvertes une conclusion désarmante de naïveté : « Puisque la nature fait la sculpture, moi je vais faire l’architecture » ! Et de rapporter toujours davantage de pierres et de débris, d’abord pour créer les bassins d’une cascade, puis une grotte, et bientôt une salle des sarcophages, une colonnade, des escaliers tournants, un temple indou, une galerie, une ménagerie de pierre. Un lieu fantastique, au sens littéraire du terme, vaste et foisonnant, qui a le don de faire disparaître le reste du monde : ses façades fourmillant de détails baroques, ses cavités mystérieuses, ses sculptures monumentales, ses recoins vaguement exotiques, ses cascades, ses jardins sont à ce point impossibles à décrire, à rapprocher de quelque autre endroit que l’on connaisse, que le visiteur en oublie forcément l’environnement extérieur.
Entrer dans ce « palais imaginaire » comme l’annonce une plaque de marbre à l’entrée, c’est pénétrer dans un rêve réalisé, le rêve d’un homme sans éducation qui a donné au monde la seule expression architecturale de ce qu’on appelle l’Art brut. Durant plus de trente ans, Joseph-Ferdinand Cheval a tiré de sa force physique et de son imagination sans borne un monde unique, dans lequel il a souhaité fondre toutes les beautés naturelles, toutes les cultures, toutes les formes de spiritualité. Le vaillant petit facteur parle volontiers de son courage et de sa persévérance (en effet !), et se dit très simplement « émerveillé » de son travail : non bien sûr par vanité, mais par admiration pour la magie qui, de matériaux simples et méprisés – cailloux, fossiles, galets, fragments de bois, et même son esprit peu cultivé – tire une architecture audacieuse, jamais vue, folle.
Les enfants adorent sans se poser de questions, mais les adultes, privés de points de comparaison, sont troublés. La seule référence qui vienne à l’idée est, bizarrement, celle des… temples d’Angkor ! Mais est-ce vraiment bizarre ? Ce site extraordinairement volubile, étouffé par la jungle cambodgienne pendant près de mille ans, a été en effet redécouvert par un savant français en 1861, et le récit de son expédition a paru en feuilleton dans les journaux en 1863 – qui sait quelles images sépia remontèrent alors quelques années plus tard à la surface dans l’imagination d’un simple facteur de campagne solitaire et inventif…
| 1) |
Gérard Manset, Editions Gallimard, Blanche, Broché, 2008, 194 pages
Prix : CHF 27.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Patrice Hauser, Myriem Lahidely, Ouest-France, Itinéraires de découvertes, Relié, 2008, 143 pages
Prix : CHF 25.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Patrick Olivier-Elliott, Edisud, Broché, 2006, 271 pages
Prix : CHF 24.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : Le château du roi de Suisse.

Qui sort de la gare de Zurich par le fond tombe sur un édifice inattendu à l’orée de la Bahnhofstrasse : un énorme château hérissé de tourelles, percé d’innombrables fenêtres de toutes formes, le donjon mangé de vigne vierge et sommé de tuiles vernissées. Ivanhoé au confluent de la Sihl et de la Limmat…
Cet édifice imposant, quoique légèrement farfelu, est l’œuvre de l’architecte Gustav Gull (1858-1942), ancien élève des Beaux-Arts de Genève mais qui fit sa carrière à Zurich, enseigna à l’EPFZ et, comme architecte de la ville, la ponctua de bâtiments publics trompeusement médiévaux. C’est le projet du jeune Gull pour un étonnant château néogothique, justement baptisé « Château de conte de fées » (Märchenschloss), qui remporta en 1891 le concours pour un Musée national, sanctionnant ainsi non seulement le goût de l’époque pour ce style mais la nouvelle suprématie de Zurich : on inaugura l’édifice en 1898 dans le parc du Platzspitz (qui avait encore bonne réputation…) L’époque raffolait alors de ce style composite, qui profitait des récents progrès techniques pour donner libre cours à son interprétation romanesque des tours, escaliers, cours intérieures et salles richement charpentées qui font la bizarrerie et le charme du « château du roi de Suisse ».
Une ambiance qui correspond finalement bien à la finalité des lieux, dont les pièces inestimables retracent l’histoire de la Suisse, de sa construction, de ses cultures et de son aventure économique : la Galerie, qui sélectionne une présentation parmi tous les types de collections du Musée, puise dans un trésor de plus de huit cent mille objets ou documents ! L’une des angoisses des opposants au projet initial était pourtant qu’il n’y ait pas grand-chose à montrer dans ce musée, les modestes cantons ne disposant pas du même patrimoine artistique que les autres pays d’Europe, héritiers de fabuleuses collections princières. Vaine crainte : le bâtiment n’avait pas vingt ans qu’il commençait à souffrir d’étroitesse pour cause de collections sans cesse enrichies et d’expositions toujours plus attrayantes, donc fréquentées ! En attendant la fin de travaux d’entretien géants et l’indispensable agrandissement de l’institution, acceptée finalement après des années de débats et qui verra une extension ultramoderne en chantier dès 2012-2013, le roi de Suisse a dû se trouver un autre château…
Un siècle exactement après l’inauguration zurichoise, le Musée national a ainsi pu entrer dans ses murs à Prangins (VD), près de Nyon. Là, point de délire néogothique, mais le plus pur style classique et d’époque : magnifique château du début du XVIIIe siècle, parc donnant sur le Léman et le Mont-Blanc, jardins à la française et souvenirs de Voltaire ou de Joseph Bonaparte, qui se l’offrit en 1814 ! Au moment où l’on pose au bord de la Sihl la première pierre du Märchenschloss, Prangins est un pensionnat, avant de passer aux de Pourtalès, à une mécène américaine et même à… Bernie Cornfeld, le sulfureux patron d’IOS. Racheté par Vaud et Genève et offert à la Confédération, ce joyau entièrement restauré devient en 1998 l’antenne romande du Musée national, consacré plus spécifiquement à la Suisse des Lumières aux Années folles. Élégant et altier, Prangins attire facilement par des expositions thématiques centrées sur la culture et les faits de société : particulièrement accessibles à tous les publics, elles s’entourent de nombreux ateliers ouverts aux jeunes visiteurs, et d’un parc agrémenté d’un très beau potager ancien – où les jardiniers enseignent volontiers comment, dans les vieux pots de l’Histoire, on fait aujourd’hui encore les meilleures soupes !
| 1) |
François Walter, Editions Gallimard, Découvertes gallimard, Broché, 2011, 127 pages
Prix : CHF 19.90
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|


| 2) |
Nicolas Bouvier, Editions Zoé, Broché, 1999, 300 pages
Prix : CHF 59.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Jean-François Bergier, Fayard, Broché, 1988
Prix : CHF 48.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|


| 4) |
Corinne Chaponnière, Librairie Académique Perrin, Broché, 2010, 519 pages
Prix : CHF 43.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 5) |
Alain-Jacques Tornare, Editions Cabédita, Archives vivantes, Broché, 2010, 314 pages
Prix : CHF 39.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 6) |
Marc-Antoine Kaeser, PPUR, Le savoir suisse, Broché, 2004, 142 pages
Prix : CHF 17.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : Guédelon.

Comme un train, un château peut en cacher un autre ! C’est ce qui est arrivé à Michel Guyot. En restaurant entièrement le château de Saint-Fargeau (maison d’enfance de Jean d’Ormesson et décor du roman Au plaisir de Dieu), aux confins des Pays de Loire, ce passionné absolu dut faire le deuil des vestiges de la forteresse d’origine, qui remontaient au XIIIe siècle. Afin qu’il reste quelque chose de ces ruines désormais enfouies sous l’architecture classique, et qui avaient appartenu à Jacques Cœur, il en demanda l’étude à des archéologues. Comme ça, pour ne pas les oublier.
Mais son château fantôme hantait les nuits de Michel Guyot, qui aurait bien voulu comprendre comment on construisait de pareils monuments au Moyen Âge, sans machines ni sources d’énergie, littéralement à la force du poignet… Cette force, Maryline Martin en disposait : investie dans l’emploi social, elle gérait une association de réinsertion dont les bénéficiaires, manuels et précaires, cherchaient un emploi pour leurs connaissances. Sitôt rencontrés, sitôt décidés : les deux complices et leur équipe allaient reconstruire un château-fort avec les techniques d’époque ! En 1998, après trois ans de travaux préparatoires, l’acquisition d’un terrain, l’élaboration des plans par l’architecte en chef des Monuments historiques et la composition d’une équipe de spécialistes, s’ouvrait dans une ancienne carrière bourguignonne cernée de forêts, le chantier médiéval et public de Guédelon. Durée estimée : vingt-cinq ans.
L’entreprise est à la fois très sensée et complètement folle. Sensée parce que la France est couverte de châteaux-forts frustes mais solides, qui ont traversé huit ou neuf siècles et pas mal de guerres, dont deux mondiales : pourquoi ce qui a marché jadis ne pourrait-il se refaire à l’identique ? Mais folle car si le projet d’une énorme construction sans grue, matériaux modernes ni électricité est déjà difficile à faire passer auprès des sponsors et des pouvoirs publics, l’expérience se heurte aussi à une limite: qui sait encore pratiquer la taille de la pierre, le bûcheronnage, les échafaudages, la ferronnerie ou la fabrication du mortier tels que les maîtres d’ouvrage médiévaux ? Réponse : une cinquantaine d’artisans spécialisés et… vous, par exemple !
Guédelon est en effet un projet complet, qui mêle la recherche scientifique à la pédagogie. Ouvert aux visiteurs, qui peuvent à la fois s’instruire sur les pratiques médiévales et les voir directement en action – on est là sur un véritable chantier, pas dans un musée ! – le château familiarise avec tous les aspects de la vie médiévale, de la cuisson des tuiles à celle du pain, et propose plus qu’un voyage dans le temps : un formidable outil pour comprendre. Mais si les spécialistes, encore formés dans certains milieux professionnels, représentent une douzaine de corps de métier à l’œuvre, les volontaires sont indispensables à la bonne marche de l’ensemble qui, de la coupe des arbres pour les poutres à la production sur l’enclume des clous et crochets, s’en tient exclusivement aux techniques documentées au XIIIe siècle, c’est-à-dire un mélange de savoirs très précis et de forces humaines considérables… Guédelon invite donc les apprentis des écoles techniques, mais aussi les simples particuliers à devenir « bâtisseurs » en venant, pour quelques jours ou plus, apporter leur pierre à l’édifice – dont les murs, il faut le rappeler, ont trois mètres d’épaisseur.
Une expérience unique au monde, ne nécessitant aucune qualification mais beaucoup de motivation et de curiosité, et qui laisse chaque année d’inoubliables impressions aux centaines d’adultes (dès 18 ans) qui s’inscrivent : ce n’est pas tous les jours que l’on engrange comme souvenir de vacances le montage d’une clé de voûte, d’un escalier en colimaçon ou d’un mur de torchis… Avis donc aux amateurs : Guédelon, dont les structures se dessinent déjà spectaculairement par endroits (le logis seigneurial est même presque achevé), attend des manches retroussées jusqu’en 2023 au minimum !
| 1) |
Isabelle Bonnevie, Jean-Louis Despesse, Pierre Guitton, Patrick Lebas, Gallimard Loisirs, GéoGuide, Broché, 2011, 540 pages
Prix : CHF 24.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Claire Delbos, Editions Déclics, France, Relié, 2010, 155 pages
Prix : CHF 49.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Frédéric Brun, Claire Delbard, Christine Delbove, Olivier Descamps, Editions Mondéos, Guide BaLaDO, Broché, 2011, 460 pages
Prix : CHF 24.50
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : Queen Mary’s Dolls House.

Bizarrement, l’art de la miniature intéresse bien davantage les grandes personnes que les petites, et la maniabilité d’un objet minuscule ne tente que modérément les enfants, qui adorent trainer un ours aussi grand qu’eux ou enfiler les chaussures de leur maman. Seules les dînettes et les trains ou petites voitures trouvent grâce à leurs yeux. Tandis que les adultes…
Ce sont eux qui, le plus souvent, se pressent, enthousiastes ou médusés, autour d’un palais à nul autre pareil : une façade classique élégamment équilibrées, une quarantaine de pièces et corridors superbement décorés sur quatre niveaux, deux cages d’escaliers majestueuses, deux ascenseurs capitonnés, des pièces de services entièrement équipées, une cave bien fournie, un vaste garage regorgeant de véhicules de luxe, un jardin délicieusement aménagé. Le tout sur moins de quatre mètres carrés ! Tel est le prodige de la maison de poupées de la reine Mary (Queen Mary’s dolls house), exposée dans le château de Windsor. Ce chef-d’œuvre de la miniature fut dessiné en 1924 par un architecte de renom, Sir Edwin Lutyens, l’urbaniste de New Dehli, et réalisée par plus de mille cinq cents entreprises britanniques, chacune dans leurs spécialités : chacun eut à cœur de se montrer parfait, le palais des poupées étant destiné à être un cadeau pour l’épouse de George V !
Boiseries dorées, marbres sculptés, meubles raffinés, bibelots innombrables, pièces d’art uniques, vaisselle complète, linge de maison brodé, appareils ménagers, provisions, voitures rutilantes, l’équipement de cette demeure « moderne » – pour la bonne société de l’époque – est d’une précision et d’une beauté sans égales : les petits flacons du cellier contiennent vraiment du bordeaux, les emballages des produits de nettoyage sont aussi réalistes que les clés aux serrures ou l’armure de chevalier dans le grand hall, les fusils peuvent tirer et les ciseaux couper, il y a un escargot de faïence sur le mur du parc, de véritables romans dans la bibliothèque (dont un Sherlock Holmes inédit !) et dix malles différentes dans la resserre aux bagages. Et tout, ascenseur, aspirateur, lampe ou robinet fonctionne, car la maison est dotée d’électricité et d’eau chaude et froide !
La Grande-Bretagne de 1924 n’a plus grand-chose à voir avec l’idéal de prospérité victorienne : durant la Grande Guerre le royaume a perdu non seulement près d’un million de sujets, mais une grande partie de sa flotte, ce qui perturbe le commerce colonial et accentue les problèmes de l’industrie, qui tourne au ralenti. Il peut paraître alors futile et inconsidéré de mobiliser parmi les plus grandes entreprises du pays pour fabriquer l’équipement complet d’une maison de poupées, qui plus est destinée à une femme d’âge mûr qui n’y touchera pas. Mais il s’agissait pour les entreprises concernées de faire la démonstration de leur savoir-faire et de leur ingéniosité, et de ce point de vue l’affaire fut une réussite : d’abord présentée à Wembley pour la British Empire Exhibition, elle en fut tout naturellement le clou.
Le petit palais de la reine Mary est sans doute la dernière véritable maison de poupées, achevant, dans l’émerveillement le plus complet, une histoire entamée au XVIe siècle et qui a vu surgir, dans tout le nord de l’Europe, une lignée ininterrompue de ces lieux magiques, honneur des artisans plutôt que jeu pour les fillettes. Clin d’œil du destin, elle trône au cœur du plus grand château habité au monde !
| 1) |
Nathalie Gireaud, Dessain et Tolra, Les Initiations, Broché, 2009, 63 pages
Prix : CHF 20.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Françoise Fraisse, Editions Didier Carpentier, Faites vous-même, Album, 2000, 47 pages
Prix : CHF 23.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Patricia Le Corre, Aurélie Renard, Eyrolles, L'atelier en images, Album, 2006, 91 pages
Prix : CHF 34.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : le château de la Gabelle.

C’est, entre le Mont Ventoux et la Montagne de Lure, aux confins de la Drôme, du Vaucluse et des Alpes de Haute-Provence, une région austère et sauvage qui réserve ses charmes à qui sait les apprécier : le plateau d’Albion, autrefois abri de missiles nucléaires, a été heureusement rendu à ses champs de lavandes et de céréales, à ses pâturages semés de moutons, à ses amandiers tordus, à ses ruches et à ses bois de « chênes bien petits » selon l’expression de Marcel Pagnol. Cerné de magnifiques villages de pierre blonde et de tuiles rousses dont dépasse le clocher, le Plateau ignore le snobisme du Lubéron comme l’agitation des sites touristiques ; il est superbe, silencieux et authentique.
Si le château de la Gabelle, à Ferrassières, existe aujourd’hui, c’est par la volonté de deux caractères bien trempés et doués d’une énergie peu commune. L’un fut Charles Du Puy de Montbrun (1530-1575), fameux chef huguenot qui s’était converti à Genève et rapporta la Réforme et la guerre du Dauphiné au Comtat, avant de périr sur l’échafaud. Son château de Montbrun ayant été démantelé par ordre royal en 1560, l’irréductible batailleur riposta en faisant édifier – ou fortifier des structures existantes – le château de la Gabelle pour son armée personnelle : des murailles imposantes enveloppant trois corps de bâtiments, de généreuses dépendances et quatre tours de guet. Bien malin qui l’attaquerait, niché au cœur de ses forêts… Des guerres de religions à la Révolution puis aux bouleversements économiques du XIXe siècle, le sort de la Gabelle fut banalement chaotique, et plus spécifiquement difficile après les années 1900, qui virent sa décrépitude et son abandon. Bien que le site ait servi de décor à Jean Giono pour sa nouvelle Monologue , et qu’il soit classé depuis 1947, les murailles s’écroulèrent, les tours squattées furent abattues pour éviter leur chute. C’est alors qu’intervint la seconde « âme forte »…
Lorsque le jeune couple des Blanc racheta la propriété, au début des années soixante, c’était un tas de moellons, mais les vastes terres et les bâtiments permettaient la création d’un domaine agricole. Margherite Blanc éleva sept enfants dans un coin de ces ruines sommairement restaurées pour l’habitat familial. Tout son bien lorsqu’elle se retrouva veuve, l’exploitation allant à ses deux fils… Mais cette petite femme aux yeux clairs n’avait pas moins de combativité que l’illustre Montbrun : sans autre arme que son énergie, elle décida, pour se subvenir, de relever la forteresse et d’y créer des chambres d’hôtes ! Un maigre prêt, conforté par l’appui des Bâtiments de France, lui permit d’assurer tout juste le (très) gros œuvre, mais ensuite il fallut s’y mettre seule – vraiment toute seule… Et c’est ainsi que la « châtelaine », ayant déblayé les gravats et mis de côté les matériaux anciens à remployer dans la restauration, se fit maçon, couvreur, menuisier, plombier, carreleur, plâtrier et électricien : « Le fournisseur en matériaux de construction s’est bien moqué de moi au début » se souvient-elle en riant, « mais je n’avais pas le choix ! » Puis, décoratrice d’intérieur, gouvernante et cuisinière, l’hôtesse accueillit toujours davantage de voyageurs dans ses chambres provençales, qui au prix de son titanesque travail pendant trois ans occupent maintenant une belle moitié de la forteresse. Dans l’autre partie, une muraille orpheline de ses étages : les fenêtres ouvrent librement sur le ciel profond. Le long de la poterne ouest, une allée de tilleuls d’époque veille…
Dans la plus haute tour, un marché des produits de sa ferme embaume la lavande, le miel et les herbes aromatiques. La Gabelle n’en a pas perdu sa fierté pour autant : fiché dans le plateau d’Albion comme un avertissement, le château règne sur toute la contrée. À l’aube, des hauts de Ferrassières, il révèle dans la lumière rose sa silhouette élégante dans la solitude de ses terres alternant le violet foncé des lavandes, le vert des prés et des bois, et l’or des épis. Une forteresse, voulue par un homme de guerre, et sauvée par une femme de cœur.
En cette année Céline, nos Carnets d’été vous emmènent « d’un château l’autre » à la rencontre de bâtisses surprenantes… Aujourd’hui : Vaux-le-Vicomte.

Il y a quatre cent cinquante ans tout juste, en 1641, un jeune avocat angevin fortuné et talentueux (il est devenu Conseiller au Parlement à 19 ans !) s’offrait un château près de Melun. L’homme a vingt-six ans, ses activités dans les compagnies commerciales maritimes ont encore accru la fortune de sa famille, il s’appelle Nicolas Fouquet. Le château, lui, s’appelle Vaux-le-Vicomte, n’est ni jeune ni riche, et son domaine est en friche. Qu’à cela ne tienne : pour embellir encore sa position, l’homme embellira le château au-delà de la mesure, en fera l’instrument de son ascension – et de sa chute.
Les aménagements que le jeune Fouquet ordonne sont en effet d’une ampleur peu commune : il fait, pour commencer, détruire le village de Vaux ! Qui aurait eu de toute façon quelque peine à survivre, car l’ambitieux, ayant racheté tous les environs, déboise, détourne la rivière, et transforme peu à peu la terre paysanne en immense jardin à la française… Autour de lui, un trio de grands noms collabore à l’édification du paradis : Le Vau l’architecte, Le Nôtre le jardinier-paysagiste et Le Brun le décorateur vont faire de Vaux-le Vicomte un palais digne du Surintendant des Finances qu’est devenu Nicolas Fouquet, nommé par le jeune Louis XIV en remerciement de sa combattivité pendant la Fronde. Après dix ans de travaux, le château est une splendeur d’harmonie et de raffinement, sa coupole semble flotter, ses jardins sont enchanteurs, et Fouquet s’y entoure de tous les grands artistes de son temps, peintres, auteurs, sculpteurs ou musiciens, car le mécénat est l’une de ses passions !
Conscient d’être un ministre des finances habile et méritant, Fouquet espère en outre être bientôt Premier ministre, et n’hésite pas à inviter le roi et la cour. Fatale erreur : Louis XIV, ulcéré de voir le faste de Vaux-le-Vicomte alors que son Versailles n’est encore qu’un « château de cartes », en déduit – peut-être avec raison, mais sans preuve – que son argentier puise dans la caisse de l’État… En 1661, après une fête splendide organisée par le Surintendant en son honneur, le roi le fait arrêter, puis déporter à vie vers la forteresse de Pignerol, apportant ainsi une réponse cinglante à la question posée par la devise des Fouquet, « Quo non ascendet ? » (Jusqu’où ne s’élèvera-t-il pas ?). Désormais au chômage, les artistes sans mécènes se précipitent à Versailles, où tout est à faire… Ce cycle de gloire et de déchéance a marqué toute l’histoire de Vaux, régulièrement racheté par des enthousiastes qui finissaient par le laisser retomber en quenouille. Seul le dernier, Alfred Sommier, un richissime industriel, tint bon, remit entièrement les bâtiments et les jardins en état à la fin du XIXe siècle et le transmit ressuscité à ses héritiers, qui l’entretiennent toujours dans sa glorieuse beauté !
Des milliers de visiteurs en profitent chaque année, subjugués par les proportions parfaites, l’élégance raffinée et, en dépit de sa triste histoire, la joie de vivre du château. L’enfilade de pièces plus somptueuses les unes que les autres, richement meublées sous leurs lambris dorés, révèle une éblouissante collection d’œuvres d’art, mais les dimensions humaines de la bâtisse la rendent plus vivante que d’autres monuments historiques : ce n’est pas là un palais mais une demeure, et la merveilleuse cuisine aux cuivres chaleureux n’est pas pour rien la pièce favorite des jeunes visiteurs ! Ceux-là sont d’ailleurs les premiers – mais non pas les seuls – à adorer les animations de Vaux-le-Vicomte : les spectacles en plein air dans le parc, les jets d’eau et la visite du château et des jardins aux chandelles ! S’il faut attendre la fin de l’été pour assister aux scènes costumées et aux chevauchées qui rendent soudain au domaine ses fastes d’antan, c’est toute la belle saison que les samedis sont magiques : dans l’après-midi, les fontainiers de Vaux remettent en marche les circuits qui, par la seule force de gravité naturelle, génèrent les jeux d’eau. Puis, au crépuscule, la soirée glisse vers un monde féerique, le château et les jardins illuminés de milliers de bougies se reflétant dans les bassins avant que pétarade un beau feu d’artifice, métamorphosant soudain l’architecture en mosaïque. Des perles d’eau brillant fugitivement au soleil, des chandelles trop tôt consumées, des étincelles multicolores qui s’évanouissent dans l’espace : une ambiance de rêve éveillé bientôt absorbé par la nuit – tel est le destin de Vaux-le-Vicomte, le « château qui inspira Versailles » et envoya son créateur pour vingt ans au cachot…